Discussion autour des livres – Octobre 2022

Discussion du mardi 18 octobre à 18h

Tous les deux mois environ, les abonné(e)s à la bibliothèque des Abeilles sont convié(e)s à se rassembler autour des livres : des livres qu’ils/elles ont aimés et qu’ils/elles veulent partager. Mais, on peut aussi, simplement, avoir envie d’écouter…

La prochaine discussion autour des livres aura lieu le 13 décembre 2022 à 18h.

Huit lectrices se sont retrouvées ce 18 octobre pour évoquer leurs récentes découvertes.

Amnistie par Aravind Adiga

Amnistie est le récit, presque heure par heure, d’une journée dans la vie d’un immigré clandestin à Sydney en Australie. Agé de 24 ans, Danny (de son vrai prénom Dhananjaya) est « homme de méngage ». Un aspirateur sur le dos, ses produits et chiffons dans un sac en plastique, il parcourt Sydney pour nettoyer les appartements de ses client(e)s, tout en évitant bien sûr d’attirer l’attention des policiers. Il raconte ses allées et venues dans la ville en les agrémentant de réminiscences sur son enfance et son adolescence au Sri Lanka avec ses parents, ses amis. Avant d’immigrer à Sydney, il a été barman pendant un an à Dubaï : une première expérience de ce qu’est l’exploitation de la main d’oeuvre étrangère. Danny espère obtenir le statut de demandeur d’asile, car il s’estime victime du conflit entre les Tamouls et les Cinghalais boudhistes. Ce mmatin-là, Danny apprend l’assasssinat de l’une de ses employeuses et pense détenir un indice qui permettrait à la police de retrouver le meurtrier. Dilemme, choix crucial : s’il informe la police, celle-ci va sans doute découvrir sa situation de clandestin ; s’il ne dit rien, il permet au suspect de s’enfuir et trahit en quelque sorte son employeuse qui a toujours été très bienveillante à son égard. Danny va mettre une journée à se décider. Le roman est une découverte de Sydney (architecture, mode de vie des habitants…), de la vie des clandestins, mais également, par petites touches du Sri Lanka. Sans oublier l’humour de Danny, très préoccupé par la « déviation de sa cloison nasale », qui lui cause bien des soucis.

Watergang de Mario Alonso

Paul a 12 ans. Il vit au milieu des polders, là où il y a presque plus d’eau que de terre. IL écrit ses pensées dans un carnet : çc lui permet de fixer ses idées. Car Paul voudrait être écrivain. dans chaque court chapitre, un personnage de l’entourage de Paul raconte une histoire. Mais attention : cet entourage est aussi constitué des paysages, les canaux, la lande et ceux-ci aussi racontent. de plus, Paul donne à sa soeur, à sa mère, une nouvelle identité, un nouveaunom. Il est donc parfois difficile de comprendre qui est qui ! Roman déconcertant, baigné de tendresse, qui ne raconte rien ou pas grand chose mais qui est plaisant à lire. Né en Espagne, Mario Alonso vit aujourd’hui en France et écrit en français.

Le train des enfants de Viola Ardone

L’auteure s’est inspirée de faits historiques pour écrire ce roman : en 1946, le parti communiste décide d’envoyer des milliers d’enfants du sud de l’italie dans des familles du nord, afin de les arracher à la misère après la guerre mondiale. Viola Ardonne raconte l’histoire d’Ammerigo, qui quitte Naples et sa famille pour partir dans le nord qu’il ne connaît pas. En train, environ 70000 enfants sont conduits pour quelques mois dans des familles d’accueil. Amerigo est très bien traité dans sa nouvelle famille : il mange à sa faim, il est bien habillé… Puis, ce sera le retour à Naples : c’est un livre plein d’émotion, d’humour, la vie est vue au travers des yeux d’un enfant. Un roman doux-amer, mélancolique et tristement beau…

 

Indépendance de Javier Cercas

L’auteur situe son roman en 2025, mais il pourrait se passer aujourd’hui. Il s’agit d’un polar politique dont l’action se passe à Barcelone. La maire de la ville est victime d’un chantage : on menace de rendre publique une vidéo compromettante si elle ne paie pas ce qui lui est demandé. Le policier Melchor Marin (qui figure déjà dans le roman précédent de Cercas, Terra Alta) est appelé à la rescousse. Cette tentative d’extorsion de fonds permet à l’auteur de révéler l’envers du décor : une haute bourgeoisie prête tout pour conserver ses privilèges, avec en toile de fond l’indépendance catalane et le référendum avorté de 2017.

 

 

On était des loups de Sandrine Collette

C’est l’histoire de Liam qui a choisi de vivre en autarcie, à l’écart de tout, dans la montagne. Sa femme et son fils partagent sa vie. Un jour, en l’absence de Liam, sa femme est tuée par un ours. Elle a sauvé la vie de son fils en s’allongeant sur lui. Liam prend conscience qu’il ne pourra élever son fils de 5 ans dans ce milieu hostile. Il décide partir avec lui pour un long périple à travers la montagne. On suit ce parcours très difficile dans la tête de Liam qui nous entraîne au plus profond de son âme. C’est un roman très dur, comme souvent les livres de Sandrine Colette.

 

 

Isla Negra de Jean-Paul Delfino

Isla negra est le nom de la maison où vit Jonas, maison accrochée au bord de la falaise d’où les pouvoirs veulent l’expulser. Mais Jonas n’entend pas se laisser faire. Dans la ville voisine, tout le monde prend parti : les uns soutiennent Jonas, d’autres sont contre. Ce sont presque tous des personnages atypiques, comme Jonas. C’est un récit où se mêlent poésie et humour et qui met en scène le combat des idéaux écologistes contre le rouleau compresseur de la société de consommation. Le roman porte la parole des irréductibles. Livre facile à lire et qui tient en haleine.

Celui qui veille de Louise Erdrich

L’auteure, figure de la « Renaissance amérindienne » a reçu le prix Pulitzer pour ce livre. L’action se situe dans le Dakota du Nord en 1953. Thomas Wazhashk est veilleur de nuit dans l’usine de pierres d’horlogerie proche de la réserve indienne. Thomas lutte avec détermination contre un projet de loi du gouvernement fédéral censé contribuer à l’émancipation des indiens car il sait que ce texte est un danger pour les siens. Thomas veut lutter en toute transparence, dans la légalité, en se rendant à Washington pour une audience. Louise Erdrich s’est inspirée de son grand-père pour ce livre car elle a retrouvé toute sa correspondance. Le roman s’articule autour de Thomas et de sa nièce Pixie qui sont entourés d’une multitude de personnages. On découvre la vie dans la réserve où les femmes, gardiennes des traditions, ont un rôle important. sans oublier les lumières de la grande ville qui présentent beaucoup d’attrait pour les jeunes. Mais la réalité est souvent décevante…

Le lac de nulle part de Pete Fromm

Des jumeaux (un garçon et une fille) n’ont plus de contacts avec leur père. Pourtant, un jour, ce père les invite à passer un mois avec lui à sillonner en canoë les lacs canadiens. Ils acceptent, mais très vite les choses vont de travers. leur père, habituellement si méticuleux, ne semble pas avoir vraiment préparé ce périple, alors que novembre et son mauvais temps sont déjà là. Puis le père disparaît et les jumeaux ne le retrouvent pas. Ils décident de rentrer, mais dans des conditions difficiles. C’est le récit d’une aventure humaine, l’histoire des relations qui se tissent entre les gens. Les côtés tragiques du roman laissent aussi place à l’humour, histoire qui se passe dans des paysages somptueux.

La promesse de Damon Galgut

Afrique du Sud de 1986 à 20028. Dans la périphérie de Prétoria, une femme meurt : elle fait promettre à son mari de donner à sa servante noire « une bicoque au fond du jardin » dans laquelle elle vit. La promesse reste longtemps lettre morte dans cette famille protestante où le père et les trois enfants vivent les uns à côté des autres. Les années passent, l’apartheid est aboli : la promesse sera-t-elle enfin tenue ? Une plongée dans une Afrique du Sud pleine de contradictions, de violence où la simple idée de donner quelques droits à des noirs dresse les habitants les uns contre les autres.

 

Belle Greene de Alexandra Lapierre

C’est l’histoire d’une femme métisse aux USA, dans les années 1900 : le père est un activiste noir, la mère est blanche. La ségrégation est féroce, mais Belle da Costa Greene (nouvelle identité qu’elle s’est procurée) « a l’air » blanche. Elle fait de brillantes études, se passionne pour les livres rares et devient la directrice de la fabuleuse bibliothèque du magnat J.P. Morgan et la coqueluche de l’aristocratie internationale. Toutefois, son « sang noir » l’empêche de s’intégrer complètement à la société dans laquelle elle vit. Belle se lance à la recherche de livres anciens à travers le monde : c’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants de l’ouvrage.
Ce livre n’est pas un roman à proprement parler : Belle a véritablement existé. Alexandra Lapierre a mené l’enquête pendant trois pour reconstituer au plus près de la vérité, la vie extraordinaire de Belle Greene.

Les Accords Silencieux de Marie-Diane Meissirel

​De New-York en 1937 à Hong-Kong en 2014, en passant par Shanghaï, deux vies se rencontrent autour d’un piano Steinway, vies que lie l’amour de la musique. Récit parfois un peu difficile à suivre car la chronologie n’est pas respectée. Si le récit nous emporte dans l’histoire du XXeme et du début du XXIeme siècle, l’important reste le piano et la musique, comme cet adagio du concerto italien de Bach qui revient toujours et encore.

 

Ici, il fait trop froid, là-bas il fait trop chaud. Histoires d’exil de Mélanie Maryanayagam

Ce petit livre est écrit par une quimpéroise dont le père est un immigré sri-lankais : il a longtemps tenu une échoppe aux Halles. Elle a enquêté auprès des immigrés sri-lankais vivant à Quimper et auprès de leurs enfants, nés ici. Certains se sentent français, d’autres sri-lankais. Pour beaucoup, le premier souvenir est le froid !
À travers de nombreuses rencontres, interviews, croquis et aquarelles réalisés par Monique Maryanagam, la mère de l’auteure, et grâce à un éclairage sur l’histoire de la guerre civile sri-lankaise, Mélanie Mariyanayagam cherche à percevoir d’un peu plus près ce qu’a été l’exil pour ceux qui sont partis et surtout, ce qui se joue pour ceux qui en héritent.
(Nota : pour l’instant, ce livre n’est pas à la bibliothèque des Abeilles)

Climax de Thomas Reverdy

Au Nord de la Norvège, un accident sur une plateforme pétrolière. Accident lié au réchauffement climatique ? Cet accident a une conséquence inattendue : quatre copains de jeunesse se retrouvent là, tous plus ou moins concernés par ce qui se passe. Ils ont participé, adolescents à des jeux de rôle dans lesquels ils mettaient en scène des légendes nordiques où il était question de la mort des mondes et du crépuscule des Dieux. Ces légendes sont-elles en train de devenir réalité ? L’imbrication de ces légendes dans le récit contemporain perturbe quelque peu la lecture de ce roman qui fait un constat plutôt alarmiste de l’état du monde : l’exploitation pétrolière et le réchauffement climatique mettent à mal la faune et l’équilibre d’une région dont la splendeur mérite qu’on la préserve.

Des matins heureux de Sophie Tal Men

L’histoire de trois personnages, Elsa, Marie et Guillaume, qui vont se rencontrer à Paris. Ils sont tous les trois très différents, leur passé comme leur présent, ne sont a priori pas de nature à les rassembler. Et pourtant, au détour d’une pâtisserie, d’un lavomatic et d’une annonce sur Le Bon Coin, ces trois solitudes vont se rencontrer et soigner leurs blessures. Un livre qui émeut, qui fait rire, qui apporte une bouffée d’air frais.

Nos tendres cruautés de Anne Tyler

Anne Tyler, américaine est bien connue en France. Plusieurs de ses livres se trouvent sur les étagères de la bibliothèque des Abeilles. Ses histoires ne sont jamais violentes et toujours empreintes de nostalgie. Ses romans décrivent l’univers de familles dans lesquelles les liens ne sont jamais « au beau fixe ». Dans ce livre, Anne Tyler nous raconte l’histoire de la famille Garrett pendant plusieurs décennies : Robin et Mercy, leurs trois enfants et leurs six petits enfants. Du conformisme des années 50 à l’émancipation des adolescents dans les années 60, puis au féminisme pour arriver à la pandémie du covid, nous assistons aux heurts, aux désillusions, aux non-dits, aux incompréhensions avec toujours le souci de préserver une certaine façade face à l’entourage social. Pas de tragédie, pas de scandales : la vie quotidienne de « gens normaux » qui se déroule sous nos yeux et que l’on suit malgré tout avec intérêt.

 

Une lectrice a également mentionné deux livres qui ont déjà été commentés dans des discussion précédentes : Regardez-nous danser de Leila Slimani (05/04/2022) et La carte postale de Anne Berest (01/02/2022).

 

 

 

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