Discussion autour des livres

Tous les deux mois environ, les abonnés à la bibliothèque des Abeilles sont conviés à se rassembler autour des livres : des livres qu’ils ont aimés et qu’ils veulent partager. Mais, on peut aussi, simplement, avoir envie d’écouter… Vous trouverez ci-dessous, les titres des ouvrages présentés lors de ces réunions qui ont lieu le mardi à 18 h.

Prochaine discussion autour des livres : mardi  7 juin à 18h

Merci de vous inscrire à la bibliothèque si vous souhaitez y participer

 

Discussion du 5 avril 2022

Les lectrices présentes ont parlé des ouvrages ci-dessous :

Ton absence n’est que ténèbres de Jón Kalman Stefánsson (Auteur islandais)

Comme souvent dans les romans islandais, les noms des personnages sont difficiles à mémoriser ! De plus, cette saga familiale se déroule sur plus d’un siècle et n’est pas présentée de façon chronologique : tous ces éléments sont déroutants, au début, mais on s’habitue : il reste un très beau livre qui narre l’existence d’un homme qui se réveille dans une église, amnésique… Il ne reconnaît personne, mais tout le monde le connaît. Il recolle peu à peu les morceaux de sa vie et de celle de sa famille au travers des conversations qu’il a avec les uns et les autres. La musique est très présente dans le livre et, à la fin, une check-liste récapitule les morceaux « entendus » au fil de la lecture.

Le grand monde de Pierre Lemaitre

Un « grand » livre : il fait 500 pages, mais la fluidité du récit et de l’écriture effacent la longueur.
1948 : début des « 30 glorieuses ». Un couple de français établi à Beyrouth est propriétaire florissant d’une savonnerie. Trois garçons, une fille, tous différents les uns des autres. Peu à peu, la « famille », sacrée pour ce couple, va s’éparpiller : Paris pour 3 d’entre eux, pour travailler ou faire des études, l’Indochine pour l’un des garçons qui part travailler à Saigon, non pour faire la guerre qui sévit à ce moment-là mais pour rejoindre quelqu’un. Fresque familiale et historique : amour, meurtres, guerre, politique, par moments, on se croirait dans un roman policier. Ce récit s’arrête à l’aube des années 1950 et devrait faire l’objet d’une suite. On a envie de savoir ce que vont devenir ces personnages !

La volonté de Marc Dugain

Livre autobiographique, L’auteur raconte la vie de son père qui grandit pendant la seconde guerre mondiale. Les trois enfants réussissent très bien leurs études, dans une famille qui a peu de moyens. Le père du narrateur est atteint par la poliomyélite : soigné à Necker, il en guérit mais restera handicapé. Il devient ingénieur, chercheur atomique, se marie mais passera peu de temps avec son fils car son travail l’appelle partout. Le livre se lit facilement ; la « volonté » que le l’ouvrage porte en titre est celle du père, le témoignage de ce à quoi on peut parvenir avec de la volonté. Livre « sérieux »

 

D’une aube à l’autre de Laurence Tardieu

Livre autobiographique. La narratrice raconte la leucémie de son garçon de quatre ans. Elle est informée de la maladie de son fils le premier jour du confinement, en 2020. Elle et son mari se relaient à son chevet car la présence d’une seule personne est autorisée, à l’hôpital. Elle évoque tout à la fois l’impuissance et l’espèrance de la médercine, jusqu’à la greffe de moelle qui va le sauver. Le récit de 158 jours qui se succèdent avec espoir, dépression, joie, poésie (c’est le printemps!). Laurence Tardieu fait la part belle aux soignants qu’elle qualifie de « géniaux ». C’est elle le personnage principal du roman, avec le grand-père, le père, les deux filles aînées dont l’une va donner sa moelle.

 

Poussière dans le vent de Leonardo de Padura (Auteur cubain)

L’ écrivain cubain décrit la vie à La Havane, dans les dernières décennies du 20ème siècle et au début des années 2000, au travers du destin du « clan ». Ce clan est constitué de quelques personnes, hommes et femmes, qui se sont rencontrées au lycée et ont noué de forts liens d’amitié. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » se demandent-ils. Car au début ils y croyaient au communisme qui devait les mener vers une existence joyeuse et généreuse. La description de la vie quotidienne est effrayante, faite de privations, de débrouille. Presque tous veulent partir, quel qu’en soit le prix. Certains réussiront. Padura nous fait vivre, avec beaucoup d’émotion, de poésie et parfois d’humour, cette lutte de tous les instants pour survivre.

 

Où vivaient les gens heureux de Joyce Maynard (Auteure nord-américaine)

Une vie de femme, pendant plusieurs décennies, avec ses bonheurs, dont celui de la maternité et de la vie de famille, ses soucis quotidiens, ses drames et l’apaisement qui vient enfin.
Eleanor qui n’a pas eu une enfance très heureuse ( une enfant pas vraiment désirée) va devenir l’auteure à succès de livres pour enfant et gagner beaucoup d’argent. Ceci va lui permettre d’acheter, dans le New Hampshire (nord-est des USA), une vieille ferme qu’elle va restaurer avec Cam, « l’homme de sa vie ». Très vite, les enfants vont arriver : deux filles un garçon. Nous allons vivre l’histoire de cette famille des années 1970 à nos jours : la vie rêvée pour Eleanor, au départ… mais les déceptions arriveront : Cam est de moins en moins l’homme de sa vie, elle lui en veut de plus en plus pour son flegmatisme, le fait qu’il ne se sente pas vraiment obligé de contribuer financièrement aux dépenses de la ferme et de la famille, sa négligence qui va peut-être provoquer un drame. Eleanor est la femme et la mère dévouée, prête à tout sacrifier pour le bonheur des siens. Jusqu’où ira-t-elle ? Un livre très émouvant, facile à lire.

Nos vies en flammes de David Joy (Auteur nord-américain)

Confrontation entre « l’ancien monde et le nouveau monde ». Dans les Appalaches, en Caroline du Nord, Ray vit de façon très solitaire une retraite paisible après une carrière de garde forestier. Il a perdu sa femme, morte d’un cancer et le souvenir de cette épouse très aimée le hante en permanence. Il a aussi perdu son fils mais pour d’autres raisons : la spirale de la drogue qui pourrit la région où règne le chômage, la violence liée au trafic de la drogue. Alors que Ray voue un véritable culte à la nature qui l’entoure (l’auteur a été l’élève de Ron Rash, autre passionné de nature) et aux traditions du « vieux monde », il va être rappelé à la réalité lorsque des dealers lui réclament le paiement des dettes de son fils. Ray, qui n’a qu’une confiance limitée dans la police, va appliquer ses propres méthodes ce qui va conduire à de gros conflits. Un livre poignant où la détresse du père est profondément émouvante mais aussi un livre assez violent par moments car l’univers de la drogue est sans merci.

L’affaire Alaska Sanders de Joël Dicker (Auteur suisse de langue française)

On retrouve dans ce roman les personnages de « La vérité sur l’affaire Harry Québert », l’écrivain Marcus Goldman et le policier Perry Gahalowood. Les deux « associés » vont rouvrir l’enquête sur le meurtre d’Alaslka Sanders assassinée 10 ans plus tôt et dont on croyait avoir trouvé le coupable. A la fois polard et thriller, c’est un livre captivant qui révèle les secrets et non-dits d’une communauté où, finalement, personne n’est tout à fait innocent.

 

 

Regardez-nous danser de Leila Slimani

Ce livre est la suite de « Le pays des autres », paru en 2021. Nous sommes en 1968. Amine appartient à la nouvelle bourgeoisie marocaine. Il possède des terres. Le Maroc indépendant a du mal à trouver son identité. L’épouse d’Amine est alsacienne, elle l’a épousé à la fin de la guerre 39/45. Elle a tout donné à ses enfants et maintenant, elle veut une piscine pour compenser les sacrifices qu’elle a faits. Ouvrage intéressant pour mieux comprendre l’histoire du Maroc.

Klara et le soleil de Kasuo Ishiguro (Auteur britannique d’origine japonaise)

Klara est une « AA » c’est-à-dire une « Amie Artificielle », pour employer un autre terme, un robot ultra-performant, créé pour tenir compagnie aux enfants et aux adolescents. Ici, elle s’occupe de Jone, une enfant qui n’est pas en très bonne santé. Ce livre nous interroge sur notre humanité : l’amie artificielle se révèle plus attentive à Jone que sa propre mère. Celle-ci a perdu sa fille aînée : craignant que cela ne se reproduise, elle demande à un naturaliste de faire un « clone » de sa fille, qu’elle gardera si Jone vient à mourir. Klara est un robot assez fascinant : elle s’ajuste en permanence à ce qui l’entoure, elle évolue en fonction de ce qui se passe.

 

Le guerrier de porcelaine de Mathias Malzieu

Le narrateur retrace l’enfance de son père, né à la fin de la seconde guerre mondiale en 1944. Il est envoyé chez ses grands parents en Lorraine : dans son entourage, il y a aussi une tante qui prie, un oncle qui répare les peines de cœur du petit garçon dont la mère est morte à la naissance et à laquelle il écrit. Il s’occupe d’un œuf de cigogne fécondé, puis du cigogneau et d’un hérisson. C’est un livre poétique, amusant, léger. L’auteur met dans la bouche de l’enfant un langage parfois un peu bizarre, langage naturel chez un enfant.
Mathias Malzieu est aussi musicien, chanteur, scénariste et réalisateur. Il est le chanteur du groupe de rock français Dionysos.

 

Discussion du 1er février 2022

Nous avons parlé des livres ci-dessous :

Madame Hayat de Ahmet Altan

Ce livre, qui a obtenu le Prix Femina étranger 2021, a été écrit pendant la détention de l’auteur en prison, en Turquie. L’emprisonnement de Ahmet Altan a connu de nombreux rebondissements, de tribunal en cour d’appel, avec des motifs d’incarcération qui changent régulièrement. Il a été libéré, en dernier lieu, en avril 2021. Le personnage principal Fazil, part, loin de chez lui, pour faire des études de lettres, sans le consentement de son père. Il loue une chambre dans une modeste pension où il tombe amoureux de Madame Hayat, une femme qui pourrait être sa mère. L’auteur décrit les rapports humains, fait des portraits de personnages, raconte la vie des « gens ». Il n’y a pas de véritable schéma narratif : l’auteur essaye de sortir de son enfermement par l’écriture.

La carte postale de Anne Berest

Ce livre plonge dans le passé familial de l’auteur dont la mère reçoit, un jour, une carte postale anonyme portant les prénoms de membres de sa famille d’origine russe juive, morts à Auschwitz en 1942. Longtemps après la réception de cette carte, Anne Bérest se lance dans une enquête dont le but est de découvrir ce qui s’est réellement passé dans la vie de ces personnes et qui est l’auteur de cette carte postale. Livre très prenant : on y découvre l’histoire et le vécu des familles juives pendant près d’un siècle, jusqu’à Auschwitz, ce qu’elles supportent pendant l’exode.

La brebis galeuse de Ascanio Celestini

L’auteur se met dans la peau d’un enfant dans les années 60 en Italie. Nicola est interné à l’âge de 9 ans dans un « institut spécialisé », en fait un hôpital psychiatrique, pendant 35 ans. L’auteur raconte de façon drôle et crue, sans aucune inhibition, la vie à laquelle le société condamne ceux qui ne sont pas « dans la norme ».
(Nota : ce livre ne se trouve pas à la bibliothèque des Abeilles. Il est paru initialement en 2010 et a été réédité en 2020)

Le rire des déesses de Amanda Devi

Amanda Devi est Mauricienne d’origine indienne, elle écrit en français. Ce livre, prix Femina des lycéens 2021, assez court, se lit très vite. Il est constitué de chapitres brefs qui mettent en scène essentiellement des femmes, dans le quartier des prostituées d’une ville pauvre au Nord de l’Inde. Ce quartier est un véritable cloaque où survivent des femmes qui n’ont plus rien, même pas d’espoir. Mais l’une d’elle arrive un jour avec une petite fille, encore un bébé, qui va grandir dans cet enfer. Elle est protégée par ces femmes et aussi par les « hijras », ces femmes que la société rejette parce qu’elles sont nées dans des corps d’hommes. Un homme va venir perturber ce petit monde : Shivnath, qui a toute l’apparence d’un homme de Dieu. Mais n’est-ce pas le diable en personne ?

La porte du voyage sans retour de David Diop

C’est ainsi qu’on appelle l’île de Gore d’où sont partis de millions d’africains au temps de la traite des noirs. Un jeune botaniste français y débarque en 1750, dans le but d’établir une encyclopédie universelle du vivant. Mais il entend parler d’une jeune africaine qui serait parvenue à s’évader il y a bien longtemps. Le jeune homme se lance sur ses traces : ses aventures nous plongent dans le Sénégal du XVIII siècle. L’histoire n’est qu’un prétexte à la découverte des us et coutumes du pays et de la vie des sénégalais de l’époque.

Un crime sans importance d’Irène Frain

L’auteur part d’un fait réel : sa soeur aînée a été victime d’un crime à 78 ans. Irène Frain n’avait plus de contacts avec sa soeur mais elle est touchée par cette mort qui laisse l’entourage de la victime assez indifférent. Irène Frain se lance dans une enquête auprès des voisins, mais il y a déjà eu plusieurs morts inexpliquées dont ont été victimes des personnes âgées. Ce sont des morts sans importance… L’auteur veut rendre hommage à sa soeur dont elle fait un beau portrait très émouvant.

La sage des Cazalet – Tome 4 : « Nouveau départ » de Elizabeth Jane Howard

L’auteure poursuit l’histoire de cette famille de la grande bourgeoisie anglaise., histoire commencée à la fin de la guerre 14/18 et qui en est https://www.centredesabeilles.fr/wp-content/uploads/2021/12/Howard.jpgmaintenant à l’après-guerre 39/45. Les enfants ont grandi : ce sont maintenant de jeunes adultes dans un monde nouveau où les règles ne sont plus les mêmes. Les femmes doivent travailler, il est de plus en plus difficile de trouver « des bonnes » car les jeunes filles des classes populaires préfèrent le travaii en usine avec des horaires précis à une présence 24h/24 et 7j/7 dans des familles parfois exigeantes. Les adultes ont vieilli, certains sont morts. La « morale » n’est plus la même : une certaine permissivité envahit la « bonne société ». Ce roman facile à lire permet de découvrir l’évolution de la société anglaise au fil de 20ème siècle. Il est à la fois drôle et émouvant et met en scène des personnages attachants. Un tome 5 (et dernier ?) devrait paraître sous peu.

Les services compétents de Iegor Gran

Ces services sont ceux du KGB, en URSS, au début des années 60. Peu avant, Khrouchtchev a lancé la déstalinisation et opéré une ouverture vers le monde occidental tout en continuant une répression plus ou moins dure. Dans ce contexte paraît en France sous pseudonyme, « Le réalisme socialiste » ainsi que quelques nouvelles qui ne plaisent pas dans les sphères du pouvoir soviétique. Les services du KGB enquêtent mais vont mettre 6 ans à démasquer les « coupables » alors que cette affaire a été qualifiée de « Crotte de nez » par certains. Ces coupables ne sont autres que les parents de l’auteur qui affirme que tout ce qu’il écrit est vrai. C’est une description ironique du régime totalitaire qui règne en URSS, mais faite avec un humour grinçant et glaçant.

Le sel de tous les oublis de Yasmina Khadra

Ce livre décrit l’errance d’un personnage à la fois détestable et attachant alors que l’Algérie vient de devenir indépendante. La clé du livre est le rapport homme/femme auquel Adem Naït-Gacem, le héros ou anti-héros, ne comprend rien. Sa femme est partie : il sombre dans l’alcoolisme, devient SDF, mais toujours avec son port altier, sa morgue méprisante et une misanthropie affligeante. Le livre met en scène le contraste entre deux univers : la ville et la campagne, la modernité et la tradition.

La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr

Le prix Goncourt attribué à ce livre de l’auteur sénégalais fait de lui l’un des plus jeunes Goncourt de l’histoire : il a 31 ans. Il a passé son enfance au Sénégal, mais suivi ses études secondaires et supérieures en France et écrit en français (obligatoire pour avoir le Goncourt !)
Deux lectrices se sont livrées à une présentation à deux voix de cet ouvrage épais (461 pages) qui se passe entre le Sénégal et la France. Le point de départ : en 2018, Diégane Latyr Paye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938 : Le Labyrinthe de l’inhumain. On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de « Rimbaud nègre », depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s’engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Eliman. C’est tout à la fois une enquête policière et sociologique, avec des passages parfois crus, de nombreux personnages, « la littérature » étant dans le livre, un personnage à part entière. Quête de soi-même, recherche de l’identité, problème des racines… Livre difficile à raconter mais au dire de nos deux lectrices il ne doit pas faire peur !

Chevreuse de Patrick Modiano

L’auteur fait un retour dans le passé pour tenter de chasser sa peine de voir ses souvenirs s’effacer. Il veut retrouver des personnes qu’il a connues, mais il ne découvre jamais la vérité. C’est à nouveau cette ambiance si particulière à l’auteur : cette impression de flou si caractéristique de ses livres. Il faut se laisser porter par l’écriture et savourer sans vouloir tout expliquer.

 

Les samaritains du bayou de Lisa Sandlin

Un roman policer qui a le parfum des vieux films en noir et blanc ! On verrait bien Humphrey Bogart dans la peau du détective privé qui mène les enquêtes. Ce bayou-là ne se trouve pas en Louisiane, mais à l’est du Texas, dans une petite ville, au moment où la télévision diffuse, presque en continu, les auditions liées à l’enquête sur le Watergate, et surtout le rôle qu’y a joué Nixon. C’est donc le début des années 70. Il n’y a pas encore de téléphones portables, sans doute quelques ordinateurs, mais pas dans ce livre. Il y a deux personnages très attachant, le détective privé qui a perdu une main au Vietnam et sa secrétaire, en liberté conditionnelle. Elle a été condamnée pour avoir tué l’homme qui la violait. Pourquoi sont-ils des Samaritains : parce que dans les affaires qu’ils traitent, leur but essentiel semble être de venir en aide aux victimes. Un livre souvent drôle, agréable à lire, qui donne des Etats-Unis une toute autre image que ne livrent souvent les romans policiers où la violence et le sang sont omniprésents.

T. Singer de Dag Solstad

Wikipedia qualifie cet écrivain norvégien de « très cérébral ». C’est sans doute aussi ce qu’on peut dire de T. Singer, l’homme qui est le personnage principal de ce livre. Singer semble incapable d’aimer : sa seule ambition est de vivre seul et de passer incognito. Il a été marié : mari modèle puis veuf modèle et beau-père modèle d’une petite fille qu’avait eu sa femme avant son mariage. Disons qu’il est froidement modèle !  Il est bibliothécaire de formation mais la littérature ne l’intéresse pas vraiment. Qu’est-ce qui l’intéresse ? Difficile à dire ! C’est toutefois un petit roman parfois drôle et souvent intelligent.

La fille qu’on appelle de Tanguy Viel

« Demander de l’aide à son employeur n’est pas toujours sans conséquence ». L’employeur de Max Le Corre est le maire de la ville. Max est son chauffeur et pendant ses loisirs il est boxeur. Max est aussi le père de Laura, 20 ans, qui a décidé de venir vivre dans la ville où réside son père. Max se dit que demander de l’aide au maire pour trouver un logement pour sa fille est tout naturel. On retrouve les thèmes chers à l’auteur : le consentement, la morale, l’argent et le pouvoir. Les personnages portent des noms à consonance bretonne : Tanguy Viel est brestois !

 

Mentions spéciales pour deux livres dont il a déjà été question et qui ont été appréciés par de nouvelles lectrices : Le pavillon des combatantes de Emma Donoghue et Premier sang d’Amélie Nothomb.

 

Discussion du 7 décembre 2021

Voici les livres qu’ont appréciés les personnes présentes :

Poussière dans le vent de Leonardo Padura

L’ écrivain cubain décrit la vie à La Havane, dans les dernières décennies du 20ème siècle et au début des années 2000, au travers du destin du « clan ». Ce clan est constitué de quelques personnes, hommes et femmes, qui se sont rencontrées au lycée et ont noué de forts liens d’amitié. « Comment a-t-on pu en arriver là ? » se demandent-ils. Car au début ils y croyaient au communisme qui devait les mener vers une existence joyeuse et généreuse. La description de la vie quotidienne est effrayante, faite de privations, de débrouille. Presque tous veulent partir, quel qu’en soit le prix. Certains réussiront. Padura nous fait vivre, avec beaucoup d’émotion, de poésie et parfois d’humour, cette lutte de tous les instants pour survivre.

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes de Lionel Shriver

Ce titre, choisi par l’éditeur, dans la version française, est assez surprenant. Dans sa version d’origine (USA) le livre s’intitule (en traduction) « Le mouvement du corps dans l’espace », titre qui donne une idée beaucoup plus juste du contenu. Et ne vous y trompez pas : Lionel Shriver, comme ne l’indique pas son prénom est une femme. Elle raconte avec beaucoup d’humour, la vie d’un couple de sexagénaires de la classe moyenne. Lui, tout nouveau retraité, décide de courir un marathon alors que pendant toute sa vie, il a plutôt pratiqué le sport devant la télévision. Elle ne le comprend pas. Deux visions vont s’opposer. Au travers de multiples péripéties, Lionel Shriver raconte les Etats-Unis contemporains, avec les intolérances, les absurdités auxquelles mènent la « discrimination positive » mal comprise, la soumission à la mode… Et on se rend compte qu’en France aussi, tous ces travers parfois drôles, parfois graves, se sont fait leur place.

S’adapter de Clara Dupont-Monod

Ce livre, paru à la rentrée littéraire de septembre 2021, a reçu le Prix Femina, le Goncourt des lycéens et le Prix Landerneau. En partie autobiographique, il raconte l’arrivée d’un enfant lourdement handicapé dans une famille et la façon dont les membres de la fratrie vont s’adapter : entre amour et répulsion, chacun va essayer de continuer à vivre sa vie par rapport à cet enfant différent. C’est un livre magnifique, porté par les paysages des Cévennes, où il se déroule. Dans une famille, comme dans les Cévennes, on a toujours besoin de l’autre. Il faut toujours s’adapter.

Que sur toi se lamente le Tigre d’Emilienne Malfatto

Le Tigre avec une majuscule car il s’agit ici du fleuve qui traverse la Mésopotamie. L’écrivaine raconte la vie d’une jeune irakienne enceinte alors qu’elle n’est pas mariée. L’homme qu’elle aime est mort.  Elle sait ce qui l’attend dans ce pays où les traditions et l’islam sont toujours très prégnants. L’auteure nous fait pénétrer dans les subtilités d’une société fermée,régentée  ses codes, l’autorité masculine. Ce livre a valu à Emilienne Malfato le Prix Goncourt du premier roman.

 

Dans ma rue, il y avait trois boutiques d’Anthony Palou

L’auteur est quimpérois, fils de commerçants très connus dans la ville, il y a quelques années. Il fait ressentir l’ambiance des halles, du centre-ville, remarque le déclin des petites boutiques qui rythmaient les rues quimpéroises.C’est l’histoire des artisans qui ont vu leur activité décliner, souvent en raison de la multiplication des grandes surfaces en périphérie de la ville. Ce livre a reçu le Prix Renaudot de l’essai 2021.

 

Le pavillon des combattantes de Emma Donoghue

Dublin, 1918. La guerre mondiale se termine mais la guerre intérieure, pour l’indépendance de l’Irlande est toujours là. Et une autre guerre s’est déclarée : la grippe espagnole sévit en Europe et bien sûr en Irlande. Ce livre est un hommage aux femmes et aux soignants : à l’hôpital de Dublin, Julia Power, infirmière, aidée par une jeune orpheline bénévole, Bridie Sweeney et occasionnellement par Kathleen Lynn, ,médecin , membre du Sinn Féin recherchée par la police va tout mettre en oeuvre pour garder en vie des femmes enceintes atteintes par cette grippe. c’est un défi à la mort, dans un huis clos intense et fiévreux qui transforme les soignants comme les malades.

Buveurs de vent de Franck Bouysse

C’est un livre très poétique, l’histoire d’une fratrie au sortir de la seconde guerre mondiale. Nous sommes dans un petit village où vivent trois frères et une soeur très soudés, quelque part dans la montagne. L’auteur décrit les personnages avec précision, chacun avec son individualité. Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid… Un roman sur la puissance de la nature et la promesse de l’insoumission.

 

Rien ne t’appartient de Natacha Appanah

D’origine mauricienne, l’auteure raconte une histoire qui se passe probablement au Sri Lanka. Le livre est violent. Tara essaie de se reconstruire, après le tsunami qu’elle a vécu. Elle a complètement occulté son passé à la mort de son mari et s’est laissé aller dans un appartement transformé en taudis. Mais en elle gronde quelque chose, l’amnésie se fissure  : autrefois, elle était quelqu’un d’autre, avec un autre prénom, quelqu’un qui aimait rire et danser.

 

Nos espérances de Anna Hope

Anna Hope met en scène trois jeunes femmes, amies, qui vivent dans les années 90, à Londres, de façon différente : profils professionnels et privés ne se ressemblent pas du tout. Mais elles partagent quelque chose : leur vie n’est pas vraiment ce dont elles ont rêvé. C’est un regard sur la femme et une interrogation : quelle place pour la femme dans la société actuelle ? Chacune répondra à sa façon à cette question. Comme dans ses précédents romans (Le chagrin des vivants et La salle de bal), l’auteure dissèque les sentiments, les émotions de ses personnages et nous fait ressentir leur mal-être et leurs espérances.

 

L’éternel fiancé de Agnès Desarthe

C’est un roman riche en rebondissements, parfois difficile à suivre car il n’y a pas de véritable logique. Deux enfants de quatre ans se déclarent leur amour pendant un concert de Noël, qui plus est, dans la salle des mariages de la mairie. La fillette, la narratrice,  va grandir, mûrir, vieillir, et elle recroisera régulièrement, à l’improviste, le garçon qui lui, ne la reconnaît jamais. Qu’est-ce qu’une vie ? Qu’est-ce qui en constitue le centre ? Qu’est-ce que l’amour ? Où file le temps qui passe et de quoi se souvient-on vraiment ? C’est ce que raconte ce livre qui dépeint la vie comme une partition musicale à plusieurs voix, en trois mouvements, avec des mélodies qui reviennent, des ruptures de rythme, des modulations, des harmonies et des contretemps.

Un tesson d’éternité de Valérie Tuong-Cong

Un fils qui se retrouve en prison. D’où vient cette violence qui l’habite ? Anna sa mère a bâti sa vie, brique après brique : elle a une famille « bien sous tous rapports ». Mais ce grain de sable va faire tout éclater, les brèches vont se rouvrir, la souffrance si longtemps contenue va resurgir. Valérie Tuong-Cong a une écriture précise, fluide, et construit son livre de façon très brillante.

 

L’ami arménien de Andreï Makine

Un roman qui parle des arméniens déracinés. Un livre plein de nostalgie écrit de façon simple et limpide.Un roman sur l’exil, les destinées échouées. En rendant hommage à Vartan, son ami disparu, l’auteur rend hommage à tous les arméniens arrachés à leur terre dont il dit que « ce sont des copeaux humains, des vies sacrifiées sous la hache des faiseurs de l’Histoire ». Pourtant ce n’est pas un livre triste : il est plein d’une humanité touchante.

 

Premier sang d’Amélie Nothomb

L’auteure raconte la vie de son père dans un livre extrêmement bien construit. C’est un roman lumineux, bien écrit, simple. C’est un magnifique hommage à la figure paternelle mais aussi à un héros de l’ombre, diplomate à la carrière hors norme. Ca se lit rapidement, le rythme est cadencé, et l’on se plonge dans une histoire plus ou moins abracadabrante : la succession des anecdotes, particulièrement les vacances chez le grand-père Nothomb ne lasse pas, amuse par moments et au final, tout cela est bien réussi.

 

 

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